Sega Rally, Images et affects

sr.jpg

Regrouper entre autres nos chroniques par le terme d’affects n’est pas sans raison. Si nous croyons en effet que nos textes ont une chance de ne pas disparaître dans la spirale chronophage du jeu vidéo, c’est, pour reprendre Laurent de Sutter, parce que « contrairement aux images, les affects ne prennent jamais la poussière » (1). Parler de Sega Rally, au beau milieu d’une actualité qui place en son coeur le photoréalisme saisissant d’un Project Gotham Racing 4 ou Gran Tourismo 5: Prologue, c’est parier que les affects importent, en jeu vidéo, beaucoup plus que les images. Comment sinon, dans nos mémoires de joueur pourrait subsister encore aujourd’hui le souvenir intact de l’original Sega Rally,sorti sur Saturn il y a plus de dix ans, ses subtilités de contrôle, ses parcours grandioses, ses merveilleuses musiques électro rock, dont les nappes accompagnaient parfaitement le dérapage des bolides?

Parler de Sega Rally, c’est d’abord dans la chaîne des affects en revenir à ces choses-là comme le fait d’ailleurs sa version next gen : quelques voitures désormais mythiques, un premier circuit intitulé safari, et comme dans l’original, ces zèbres sur le bas côté dont le souvenir s’est gravé au fil des tours de circuit accomplis il y a de cela une éternité. Il ne faut pas cependant attendre longtemps pour être déçu et constater que ces sentiments passés, en définitive, resteront inaccessibles (et ce surtout si l’on rejoue à l’original, ce qui valide bien l’idée d’affect). Mais, au prix de cette déception, on trouvera ce qui fait la réussite du jeu: les sensualités d’une route dont les aspérités se forment dans le sillage de son parcours, aussi variées que les surfaces épusées (boue, terre, sable, neige…) et au gré des vibrations tout aussi variées qu’elles engendrent (2). Un tel affect, dont la nouveauté affirme sa même grandeur, rend Sega Rally d’autant plus précieux qu’il ne pourra sûrement toucher, comme nous le disions précedemment que quelques amateurs éclairés.

Khanh Dao Duc

(1)de Sutter, L. Pornostars, Fragments d’une métaphysique du X

(2)On regrettera évidemment l’absence de ces vibrations sur la version Playstation 3

Publicités

0 Responses to “Sega Rally, Images et affects”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




StatCounter

free website stats program

%d blogueurs aiment cette page :