Ma coupe du monde (bis) – Pro Evolution Soccer

 

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En Mai 2006, la coupe du monde était déjà jouée, et la France vainqueur, auteur d’un parcours parfait ponctué d’un match héroïque en demi-finales contre le Brésil (avec une reprise de volée d’anthologie signée Giuly). Thierry Henry, meilleur buteur de la compétition, serait probablement sacré ballon d’or en décembre. La coupe du monde était devenue le palimpseste sur lequel nous écrivions son histoire, et sur lequel l’Histoire réecrirait sa vérité, toute aussi belle, palpitante et potentiellement tragique. Et à cette vérité, nous pourrions toujours y accéder par le jeu de Konami, « laboratoire de répétitions infinies » (1) où il ne serait, au fil des ans, au fil des multiples évolutions, devenu plus tant question de « refaire l’Histoire », mais surtout de la générer sans cesse, et à chaque match faire vivre ces émotions toujours identiques et pourtant toujours neuves d’un match télévisé, sur lesquelles désormais la réalité viendrait se greffer.

Refaire l’Histoire, c’était déjà possible, avant PES, à travers le mode scénario de son mythique ancêtre sur super famicom (et nintendo 64), International superstar soccer. Refaire ce maudit France Bulgarie de 1994, inscrire le but en or de l’Euro 1996 et ainsi de suite, effectuer un raccord au réel selon la conscience collective et l’évènementiel. Il était dit qu’à la génération d’après, PES irait bien au-delà, pour relier l’intime et le collectif, l’imaginaire et le réel, le jeu vidéo et le télévisuel. Que nous ne jouerions plus mécaniquement ou selon un scénario mais en atteignant l’essence du football, ce qu’on appelle encore sa glorieuse incertitude, dans l’instant où l’on devient spectateur de sa propre destinée, où le ballon vient faire trembler les filets ou bien tutoyer un montant, ou lorsque dans un éclair qui passe à la vitesse d’une pensée minimale, l’on effectue une feinte, un lob ou une ouverture audacieuse pour un partenaire lancé en profondeur. En dépit de toute notre possible maitrise de joueur, PES nous rend tributaires d’une imprévisibilité inhérente au jeu, de multiples possibles, instables et fugaces qu’il faudra saisir comme des termes fuyant d’une fuite éternelle.

Le génie de Pro Evolution Soccer ne tient finalement qu’à une apparente médiocrité. Dans PES, on peste contre les controles approximatifs, les occasions gachées, l’arbitrage mauvais, en d’autres termes contre tout ce contre quoi on peste en réalité. On invoque le mauvais sort face au programme, on devient le jeu d’une malédiction. Cette frappe qui passe à côté et frole le but, à quoi tient-elle? A un imperceptible mouvement du pouce, un caprice du programme, une infinitésimale pression sur tel bouton? Par ces indéterminées, ces riens, suffisants à faire basculer le jeu dans l’Histoire et créer l’Evènement, séparer encore le génie du néant, se créent alors de notre main des miracles placés sous une perspective à couper le souffle, autant de grandes et grisantes improbabilités réalisées comme une et une seule explication possible, une myriade de fantasmes nous faisant jouer incessamment sur ces terrains si proches de nous et pourtant si lointains d’où nous sommes. PES, c’est le zéro et l’infini.

Khanh Dao Duc

(1) Olivier Joyard (« Ma coupe du monde », Hors-série des cahiers du cinéma spécial jeu vidéo, sept. 2002)

 

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